Les 9 principales menaces pesant sur l’humanité
Les menaces prises en compte dans ce manuel sont des forces exogènes à l’humanité (bien que déclenchées par elle), adressant (menaçant) les 6 vulnérabilités (court terme) d’un être humain (faim, soif, chaud, maladie, etc.) :
- Les limites planétaires ([Wikipédia anglais](https://en.wikipedia.org/wiki/Planetary_boundaries))
- Changement climatique
- Perte de biodiversité
- Ruptures de cycles biogéochimiques (azote, phosphore)
- Utilisation des terres
- Pollution chimique
- Eau verte
- Épuisement de ressources :
- Énergétiques (pétrole, gaz)
- Abiotiques (servant notamment à la fabrication d’autres équipements énergétiques, comme les panneaux photovoltaïques, éolien, batteries, etc.)
Le dérèglement climatique
Le **climat** a déjà commencé à changer à un rythme insoutenable pour les espèces animales et végétales (il change plus vite qu’elles n’arrivent à évoluer). Son inertie est d’environ 20 ans (c’est à dire que le dérèglement actuel que nous vivons est lié aux émissions de polluants d’il y a 20 ans et plus - source: [Jean-Marc Jancovici](https://jancovici.com/)). Donc même si nous arrêtions immédiatement nos émissions de carbone, le dérèglement continuerait à s’accélérer (puisque nous avons accéléré les émissions de gaz à effet de serre ces 20 derniers années) pendant encore 20 ans, avant de ralentir (et donc de rester à un niveau très élevé encore très longtemps). Et comme il est totalement illusoire de croire que l’on va arrêter immédiatement de polluer, il est important de se transformer, en tant que société, pour
- réduire notre pollution et ses conséquences pour nos descendants de dans 40 ans
- nous préparer à vivre avec les dérèglements croissants et ses conséquences que nous allons vivre pour les prochaines centaines d’années
Il est ici mentionné “dérèglement” plutôt que simplement “réchauffement” car nous voulons tenir compte de tous les problèmes posés par le climat (sécheresses, inondations, déplacement du vortex polaire, changements des courants sous-marins, etc.) Bien évidemment, tout ceci est lié au réchauffement global de la planète.
Perte de biodiversité
La biodiversité participe des conditions de vie sur terre de manière générale, et notamment de la fertilité des sols (sur lesquelles poussent les plantes que nous consommons), laquelle participe de la filtration et des cycles de l’eau, de la régulation des pathogènes (pensons COVID-19, grippe aviaire) et de manière générale est un réservoir de diversité génétique qui permet les évolutions des espèces face aux changements. Un réservoir drastiquement réduit, face à des changements importants et rapides ne peut être une bonne chose.
Rupture des cycles biogéochimiques (azote et phosphore)
L’azote et le phosphore sont des composés chimiques nécessaires aux plantes. Ces composés sont utilisés massivement dans l’agriculture conventionnelle (intrants chimiques, engrais “NPK”, etc.) et conduisent à une eutrophisation de l’eau douce (surcharge dans ces produits chimiques), et qui finissent également dans les océans.
- [Article sur le site du gouvernement français](https://www.notre-environnement.gouv.fr/rapport-sur-l-etat-de-l-environnement/themes-ree/defis-environnementaux/limites-planetaires/les-9-limites-ecologiques-de-la-planete/article/perturbation-des-cycles-biogeochimiques-de-l-azote-et-du-phosphore).
Utilisation de terres
Les sols sont principalement transformés pour l’agriculture, et nuisent ainsi à la biodiversité, s’érodent plus facilement et induisent des risques d’inondations (un sol cultivé absorbe beaucoup moins d’eau lors des pluies).
- [Article sur le site du gouvernement français](https://www.notre-environnement.gouv.fr/rapport-sur-l-etat-de-l-environnement/themes-ree/defis-environnementaux/limites-planetaires/les-9-limites-ecologiques-de-la-planete/article/changements-d-utilisation-des-sols).
Pollution chimique
La pollution d’origine anthropique touche essentiellement la nourriture (via les sols), l’eau potable (via les infiltrations dans les nappes phréatiques) et l’air. Tout cela contribue à l’épuisement des sols par destruction de la biodiversité (et atteinte à la santé humaine directement).
Eau verte
Attention il ne s’agit pas d’un dépassement de limite mais de frontière, et nous n’en sommes pas encore sûrs.
- [Article Medium](https://echangesclimatiques.medium.com/le-traitement-m%C3%A9diatique-des-limites-plan%C3%A9taires-vient-de-franchir-la-limite-de-la-m%C3%A9diocrit%C3%A9-3400a8033072) sur le traitement médiatique qui en a été fait
- Autre article Medium sur les [perturbations du cycle de l’eau](https://echangesclimatiques.medium.com/limites-plan%C3%A9taires-3-9-les-perturbations-du-cycle-de-leau-douce-e8574392beee)
Copie de la définition de l’eau bleue et verte :
- **L’eau bleue** désigne les eaux de surface (lacs, rivières, etc) ou souterraines (nappes phréatiques). Elle peut être prélevée pour l’irrigation, pour l’industrie ou encore comme eau potable.
- **L’eau verte**, c’est l’eau de pluie, des sols et celle évapotranspirée (évaporation des sols + transpiration des arbres). Elle soutient l’alimentation et la croissance des plantes et des animaux.
La fin des énergies denses et bon marché
Les **ressources énergétiques** denses et bon marché (pétrole, gaz et uranium) vont bientôt commencer à manquer. Quand on voit ce qu’elles ont permis de créer (ce n’est pas pour rien que l’on parle de ”société thermo-industrielle”, on imagine l’impact que leur raréfaction, puis disparition, pourrait provoquer. Il ne s’agit malheureusement pas seulement d’une question d’argent, puisqu’il faut également tenir compte du TRE (Taux de Retour Energétique - quand il faut plus d’énergie pour extraire de l’énergie que celle que l’on en ressort, on arrête l’extraction). Et rajouter une diminution drastique de l’énergie par-dessus un climat déréglé ne fera qu’empirer les choses, ce qui, encore une fois, nécessite une préparation et une adaptation encore plus grandes.
L’épuisement des ressources abiotiques (matérielles)
Les **ressources matérielles** (que nous extrayons avec les énergies denses et peu chères citées ci-dessus) vont également commencer à manquer dans les prochaines années (cf. sources d’information ci-dessous). Ce problème s’empile évidemment sur les deux autres que sont le climat et l’énergie.
Cela signifie qu’il est illusoire de vouloir trouver une solution technologique au dérèglement du climat (comme des éoliennes, des panneaux solaires, etc.) puisque ces éléments vont prochainement manquer. Les produits technologiques qu’ils contribuent à construire polluent durant leur fabrication, leur durée de vie est limitée, et leur fin de vie est polluante soit parce qu’il est difficile de les recycler, soit parce que leur recyclage dégage, lui aussi, des polluants.
Quelques sources d’information :
- Calendrier de Conso Globe (2011, c’est un peu vieux) : https://www.consoglobe.com/epuisement-des-ressources-naturelles-et-demographie-cg
- Epuisement des ressources naturelles chez Encyclo-Ecolo (le même que précédemment ? La page semble avoir été modifiée en 2019) : https://www.encyclo-ecolo.com/Epuisement_des_ressources
- CNRS 2014 : https://ecoinfo.cnrs.fr/2014/03/11/1-epuisement-des-ressources-naturelles/ (avec des graphiques montrant la baisse de concentration des minerais)
- https://youmatter.world/fr/transition-ecologique-epuisement-ressources-naturelles-metaux/ avec des liens vers des organismes étudiant les stocks de ressources
- Pour les Etats-Unis : https://www.usgs.gov/news/national-news-release/us-geological-survey-releases-2022-list-critical-minerals
- Pour l’Europe : https://rmis.jrc.ec.europa.eu/?page=crm-list-2020-e294f6
- https://www.ifpenergiesnouvelles.fr/enjeux-et-prospective/decryptages/climat-environnement-et-economie-circulaire/les-metaux-transition-energetique étudie spécifiquement les métaux dans la transition énergétique
- Un article expliquant pourquoi plusieurs calculs de date d’épuisement sont faux, en prenant exemple sur le cuivre: https://energieetenvironnement.com/2022/03/27/le-cuivre-loin-de-lepuisement/
- Rapport de synthèse en complément de l’interview d’Aurore Stephant pour Thinkerview: https://www.systext.org/node/1920
- Ressources minérales, progrès technologique et croissance : https://journals.openedition.org/temporalites/5677
Le monopole radical
Concept décrit par [Ivan Illich](https://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich) (cf. [Wikipedia Monopole Radical](https://fr.wikipedia.org/wiki/Monopole_radical)) :
<aside> 💡 […] désigne non pas la situation monopolistique d’une marque particulière mais le monopole induit d’une ou plusieurs marques visant à modifier, contrôler et à terme contraindre des populations à modifier radicalement (d’où l’épithète « radical ») leurs habitudes quotidiennes notamment en restreignant leurs choix et leurs libertés.
</aside>
Ce thème est ajouté dans les menaces de part le fonctionnement actuel d’un grand nombre de sociétés humaines qui ont vu leurs capacités à “faire elles-mêmes” fortement réduite de part leur dépendance aux technologies et aux sociétés qui les produisent. Ces sociétés se sont organisées autour de la disponibilité des technologies et de l’énergie pour les animer, les privant ainsi de l’opportunité de perpétuer l’apprentissage d’une manière de faire soi-même (la voiture a éloigné les personnes de leurs lieux d’habitation, de travail, de ravitaillement, la médecine a repoussé les connaissances en herboristerie, la technologie l’intérêt de la lecture, de l’écriture (qui favorisent l’apprentissage) ou l’apprentissage tout court, l’agriculture industrielle de la capacité à cultiver soi-même ou sans machine, etc.)
En situation de pénurie de ces technologies ou des éléments leur permettant de fonctionner (énergie, pièces détachées), les être humains ne sont plus capable de réaliser les tâches élémentaires eux-mêmes,
- par absence de connaissance
- infrastructures inadaptées (éloignements nécessitant des moyens de transport)
- destruction des capacités naturelles (perte de biodiversité, érosion de sols…)
A noter toutefois que les conséquences du monopole radical ne sont pas uniformes dans toutes les cultures. Les zones les plus faiblement touchées sont généralement les plus pauvres, mais également les plus touchées par les autres limites planétaires et les moins capables d’y réagir (cf. 6e rapport du GIEC).
Les variables du modèle World3
Le 1er rapport au Club de Rome sur les limites à la croissance s’appuyait sur une modélisation de la dynamique des systèmes de la planète et de l’humanité et suivant 5 variables principales. Ces variables sont présentes dans les 8 menaces retenues par ce manuel (6 limites planétaires et 2 concernant les ressources) :
- le système **alimentaire** : directement impacté par les limites planétaires dépassées que sont la perte de biodiversité, le dérèglement climatique, la frontière identifiée sur l’eau verte, mais aussi la fin des ressources énergétiques bon marché…
- le système **industriel** : directement impacté par la pénurie de ressources et d’énergie
- le système **démographique** : la démographie exponentielle a un effet dévastateur sur toutes les autres menaces, mais le sujet qui nous préoccupe est bien l’effet également des menaces sur la démographie (effondrement rapide et durable de la population mondiale suite aux diverses pénuries et dégradations des conditions d’habitabilité de vastes zones géographiques planétaires)
- le système des **ressources non renouvelables** qui impacte la possibilité de cultiver (engrais) ou le système industriel, lequel impact notre possibilité de poursuivre une société techno-industrielle, qui se charge de l’agriculture intensive par exemple
- le système de **pollution** qui impacte l’ensemble de la planète et touche à la biodiversité, la santé humaine (donc la démographie), etc.
Combien de temps nous reste-t-il pour changer les choses ?
La question a plusieurs facettes :
- S’il s’agit de changer pour éviter un effondrement, la réponse est: c’est trop tard. Le rapport au Club de Rome nous avait enjoint à agir drastiquement avant les années 1980. Rien n’a été fait, l’effondrement est donc inéluctable
- S’il s’agit de changer certains aspects de la civilisation humaine pour limiter nos impacts :
- oui c’est possible (polluer moins, consommer moins, etc.)
- mais cela n’empêchera pas un effondrement, voire cela va le retarder mais au prix d’une chute (de la population) plus rapide et plus importante, plus tard
- S’il s’agit de changer pour utiliser les moyens dont nous disposons encore pour réorganiser la société afin de la préparer à vivre la Transition forcée, alors oui, nous avons encore un peu de temps (qu’il ne faut pas gaspiller : le rapport au Club de Rome donne une date statistique autour de 2030, donc s’il s’agit de planter des arbres fruitiers, étant donné leur vitesse de croissance, il ne faut pas traîner !)
Nous invitons le lecteur à revoir ces quelques lignes sur [le 1er rapport Meadows au Club de Rome en 1972](https://www.notion.so/Introduction-la-syst-mique-109a673d3aef451a9e5aed4096ff13ca?pvs=21).
Références
On trouvera ci-dessous d’autres sources d’informations ou références autour des menaces.
- [Wikipedia Planetary Boundaries](https://en.wikipedia.org/wiki/Planetary_boundaries)
- [Le 1er rapport Meadows au Club de Rome en 1972](https://www.notion.so/Introduction-la-syst-mique-109a673d3aef451a9e5aed4096ff13ca?pvs=21)
- Le modèle World du rapport Meadows: https://fr.wikipedia.org/wiki/World3