Introduction à la systémique
Qu’est-ce que la systémique ?
La systémique (ou pensée systémique, systems thinking en anglais) est l’étude des [systèmes](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8meSystèmes). Il existe plusieurs définitions de ce qu’est un système, mais voici [celle de wikipedia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me)Wikipedia :
Un système est un ensemble d’éléments interagissant entre eux selon certains principes ou règles. Un système est déterminé par :
- sa frontiè
re,re, c’est-à-dire le critère d’appartenance au système (déterminant si une entité appartient au système ou fait au contraire partie de son environnement) ; - sa
missionmission,(ses objectifs et sa raison d’être)tre ; - ses interactions avec son environnement ;
- ses fonctions
(qui définissent ce qu’ont le droit de faire ou non les entités faisant partie du système, leur organisation et leursinteractions)interactions ; - ses
ressources,ressources, qui peuvent être de natures différentes (humaine, naturelle, matérielle, immatérielle…), leur organisation et leurs interactions.
Une remarque sur la notion de “mission” : s’agissant d’un système naturel, elle n’existe pas dans ce sens, mais on recourt parfois à l’acronyme “POSIWID”: "purpose of the system is what it doesdoes", soit: “la finalité d’un système est ce qu’il fait”.
On peut alors regarder la [définition Wikipedia de la Systémique](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A9miquemique) :
LaLa **systémique*mique est une manière de définir, étudier, ou expliquer tout type de [phénomène](https://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A9nom%C3%A8ne),ne, qui consiste avant tout à considérer ce phénomène comme un [système](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me)me : un ensemble [complexe](https://fr.wikipedia.org/wiki/Complexit%C3%A9)complexe d’interactions, souvent entre [sous-systèmes](https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Sous-syst%C3%A8me&action=edit&redlink=1),mes, le tout au sein d’un [système plus grand](https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cosyst%C3%A8me).grand. Elle se distingue des approches traditionnelles qui s’attachent à [découper](https://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_(philosophie))couper un système en parties sans considérer le fonctionnement et l’activité de l’ensemble, c’est-à-dire le système global lui-même.*
La systémique privilégie ainsi une approche globale, macroscopique[1](https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A9mique#cite_note-1),macroscopique, [holistique](https://fr.wikipedia.org/wiki/Holisme)holistique ou synthétique ; elle observe et étudie un système selon diverses perspectives et à différents niveaux d’[organisation](https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation)organisation ; et surtout elle prend en compte les diverses [interactions](https://fr.wikipedia.org/wiki/Interaction)interactions existantes entre les parties du système (dont d’éventuels [sous-systèmes](https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Sous-syst%C3%A8me&action=edit&redlink=1))mes).
Le monde actuel est caractérisé par une pensée fortement analytique, qui décompose pour analyser chacune des parties (cf. précision apportée par la suite de la définition de Wikipédia: Apparueapparue progressivement au milieu du XXe siècle, la systémique s’est construite en opposition à la tradition analytique cartésienne et à d’autres formes de réductionnisme, qui tendent à découper le tout en parties indépendantes et montraient leurs limites dans la compréhension de la réalité.)
On observe donc aujourd’hui une civilisation humaine dont la pensée est essentiellement analytique alors que les conséquences de sa mise en œuvre ont été la mise en place d’un nombre incroyablement complexe d’interactions au niveau planétaire : échanges d’information qui permet aux différentes cultures de s’informer et donc s’influencer les unes les autres (médias d’information et de récréation, internet), de se déplacer ou déplacer des matières premières ou transformées (transports), sans compter les effets délétères de cette même civilisation qui unit tous les peuples dans une consommation commune des ressources naturelles (bien que souvent extraites de pays pauvres à destination des pays plus riches) et une pollution globale (les vents et courants maritimes, ainsi que les dérèglements climatiques ne connaissant aucune frontière).
Il apparaît qu’il n’est plus possible d’adresser nos problèmes systémiques (engendrés par la complexité que nous avons rajouté au monde) par la seule pensée analytique qui était nôtre jusqu’à présent. Il faut penser à un “niveau supérieur” pour pouvoir espérer faire sens et influencer la situation actuelle.
Du reste, c’est également régitce parqu'on unepeut déduire lorsque l'on connaît la loi systémique dite “loi de la variété requise” de [Ross Ashby](https://fr.wikipedia.org/wiki/W._Ross_AshbyAshby). Sa page Wikipedia est d’ailleurs assez explicite :
La Loi de la variété requise est la plus connue de celles énoncées par Ashby. La « variété » est le dénombrement de la quantité de comportements et d’états différents mesurés pour un système donné.
Pour qu’un système « A » puisse contrôler (à la fois « surveiller » dans la signification française et « commander » dans la signification anglaise) un système « B », il faut et il suffit que la variété de « A » soit supérieure ou au moins égale à celle de « B ». Il s’ensuit qu’une « inversion de contrôle » se produit lorsque la variété du « commandé » augmente et dépasse celle du « commandeur ».
La dernière phrase nous donne par ailleurs une piste à investiguer quant à l’une des causes probables auxdes problèmes mondiaux (pollution, épuisement des ressources, etc.) que l’on peut constater actuellement : la complexité du monde a fini par dépasser notre capacité de réflexion àet son sujetd'intervention (incapables que nous sommes de nous organiser efficacement pour penser cette systémicité à un niveau suffisant) et nous nous retrouvons à être dirigé, parou subir, le monde même que nous avons contribué à créer.
Si nous devions tenter notre propre définition de la pensée systémique, cela pourrait finalement être:tre ": principes de pensée qui visent à étudier les systèmes selon les parties qui les composent, les relations entre ces parties, et la finalité de l’ensemble composé par ces parties selon différents points de vue.vue".
La partie “[DSRP](https://www.notion.so/Introduction-la-syst-mique-109a673d3aef451a9e5aed4096ff13ca?pvs=21)”DSRP plus bas propose quelques principes simples permettant de découvrir et pratiquer la pensée systémique.mique (c'est l'approche la plus "simple" que nous connaissions d'appréhender le monde "complexe" (!) de la pensée systémique et de proposer une version accessible des différentes méthodes existantes).
De quelles complexités parlons-nous ?
Par principe, puisqu’on parle de systémique et de complexité, nous devons étudier plusieurs aspects, leurs relations les uns avec les autres, les sous-parties dont ils sont composés, le tout (le système) qu’ils forment par leurs interactions, et les systèmes de plus grande envergue dans lesquels ils s’insèrent. Mais ce n’est malheureusement pasni toutexhaustif ni aussi simple, puisqu’il convient également de prendre en compte les aspects temporels (le passé influençant le présent et l’avenir, et les actions que nous pouvons prendre pouvant avoir des conséquences irréversibles à l’avenir), ainsi que les intentions des personnes participants à la réflexion (leurs intentions pouvant être vues comme le choix d’un futur préféré à un autre, lequel futur va influencer les choix que nous réalisons dans notre présent, voire nous faire reconsidérer nos choix passés à l’image de cette nouvelle vision (future) des choses).
Enfin, avant de revenir dans le concret, nous ne pouvons pas ne pas mentionner le concept de “[Wicked Problem](https://en.wikipedia.org/wiki/Wicked_problemProblem)” qui semble bien correspondre à notre situation mondiale. Une traduction de la définition Wikipédia pourrait être:
En matière de planification et de politique, un “Wicked” (méchantchant, tordu) problème est un problème difficile ou impossible à résoudre en raison d’exigences incomplètes, contradictoires et changeantes qui sont souvent difficiles à reconnaître. Il fait référence à une idée ou à un problème qui ne peut être résolu, lorsqu’il n’y a pas de solution unique au problème ; et ”méchant” dénote une résistance à la résolution, plutôt que le mal. Une autre définition est “un problème dont la complexité sociale signifie qu’il n’a pas de point d’arrêt déterminable”. De plus, en raison des interdépendances complexes, l’effort pour résoudre un aspect d’un mauvais problème peut révéler ou créer d’autres problèmes.
Cela signifie donc que nous ne pourrons probablement jamais nous mettre d’accord sur la définition du problème que nous cherchons à résoudre et encore moins sur les étapes de sa “résolution” (sachant que nous partons du principe qu’il n’existe pas de solution àunique, l’effondrement,voire "bonne", aux transitions forcées, uniquement des adaptations possibles, voire des atténuations parfois).possibles.
Concernant la problématique dedes l’effondrement,transitions forcées, les dimensions de complexité que nous nous proposons d’adresser sont les suivantes :
les 5 types de menaces qui pèsent sur l’être humain (cf. [Les 9 principales menacesdepesant sur l’humanité](https://www.notion.so/Les-9-principales-menaces-de-l-humanit-42c073675f254663b8e4f39b758092bc?pvs=21)), sachant que les unes influencent les autres ;lesLesdomaines qui forment ce que l’on nomme la “civilisation” (cf. [12 domaines nécessaires à une culture humainedurable](https://www.notion.so/12-domaines-n-cessaires-une-culture-humaine-durable-b710a2dca8c34cd290b979d6de3d855f?pvs=21durable)), qui sont tous interconnectés ;lesLesaspects temporels à court, moyen et long terme (cf. [Troistrois horizons (3H)](https://www.notion.so/Trois-horizons-3H-65cb6b1cc5e2470295e72c3f7d1f0931?pvs=21)), en tenant compte des conséquences des choix que l’on pourra faire à un moment donné et desesleurs conséquences probables pour l’avenir, ces choix étant évidemment impactés par l’évolution temporelle desmenacesmenaces.
Il apparaît ainsi qu’espérer adresser ces sujets ne peut se faire sans une réflexion préalable, un (des) méthode(s) pour espérer s’orienter et être productif dans ce réseau de relations systémiques. C’est là toute l’ambition de ce manuel.
Une méthode “simple” de saisie de la complexité: l'approche DSRP
Il existe de nombreuses approches et méthodes systémiques, dépendant généralement des problèmes que l’on souhaite adresser. Nous avons voulu présenter ci-dessous une approche simple permettant à tout un chacun d’avoir quelques outils basiques (mais non simplistes) de découvrir le caractère systémique d’une situation afin d’en saisir tous les enjeux.
Cette méthode,thode s’intitule DSRP correspondant aux premières lettres des mot-clés permettant de déplier cette complexité. Elle a été crée par Derek Cabrera dans le cadre de sa thèse sur le sujet.
Le principe est que face à un problème ou une situation, il est important de questionner les 4 facettes d'un problème ou d'une situation représentées par les 4 mot-clés, à chaque fois dans leurs deux dimensions chacun, et de s’interroger sur ce que chaque dimension induit dans la compréhension que l’on peut avoir des autres mot-clés. La démarche est donc itérative, à savoir que l’on parcours plusieurs fois chaque mot-clé pour observer les autres, les déplier à nouveau suivant les nouveaux apprentissages que l’on a pu avoir des interrogations précédentes, etc.
Il n’y a pas d’ordre dans lesl'usage des 4 mot-clés. Voici les règles concernant les 4 éléments :
- chaque élément (D, S, R ou P) implique l’existence des trois autres ;
- chaque élément implique l’existence de ses deux parties et vice versa ;
- chaque partie implique son opposé (par exemple l’identité implique l’autre).
Les 4 mots-clés sont décrits ci-dessous.
Distinctions: identité / autre
Ce mot-clé permet d’interroger ce que l’on est en train de considé
rer:rer : qu’est-ce qu’il est, qu’est-ce qu’il n’est pas (qu’est-ce qui est “autre” ? Outre l’importance que revêt cette question pour affiner le sens d’une chose observée, elle est également importante pour déterminer les frontières de cette choses (cf. définition de Wikipédia en début de page). Et par définition, ce qui n’est pas “dans” la chose est “autre” ou à l’extérieur.
- la création d’une frontière créé par défaut une relation entre l’intérieur (la chose) et l’extérieur. Mais il peut y avoir d’autres relations qui émergent
- la définition d’une frontière influe également sur ce que l’on considère comme étant la partie (l’intérieur) et le système dans lequel cette partie s’insère (l’extérieur)
- les relations dépendent de l’endroit où est tracée la frontière
- la frontière dépend souvent de la perspective initiale que l’on peut avoir de la chose considérée, mais une frontière particulière (ou une proposition d’autre frontière) peut influencer la perspective que l’on peut avoir de cette chose, et changer la distinction que l’on en fait
Systèmes: les parties et le tout
Un système est un tout, co-impliquant des parties en relation. Inversement, des éléments en relation impliquent de s’interroger sur le système dont elles font partie.
- l’appréhension d’un système dépend de la Perspective dans laquelle on se place
- un système est Distingué de son environnement, et on Distingue certaines de ses parties plutôt que d’autres éléments jugés hors du système
- la définition d’un système implique la reconnaissance des Relations qui existent entre ses parties et des Relations entre le système en tant que tout et son environnement (ce qui a été Distingué comme n’étant pas le système)
- un système définit une Perspective qui lui est propre
Relations: action et réaction
Une Relation implique une cause co-impliquant un effet.
- deux éléments en relation impliquent la Distinction (séparation) des deux, ainsi que de la Relation qui les unit (au lieu d’une autre relation)
- la relation qui unit deux éléments dépend de la Perspective dans laquelle celle-ci est considérée (une autre Perspective peut Distinguer une autre Relation, voire d’autres éléments)
- la Distinction d’une Relation implique la possibilité de Distinguer un Système dont les parties en relation font partie (ou non : l’une peut en faire partie et l’autre non, la relation traversant la frontière du système)
Perspectives: un point et une vue
Une perspective est un point depuis lequel on a une vue sur les choses.
- Une perspective permet de Distinguer certaines choses d’autres choses, donc de tracer des frontières qui peuvent Distinguer deux éléments (d’où émerge une relation), Distinguer un Système de son environnement, ou une Relation plutôt qu’une autre