Présentation macroscopique du manuel
"On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré" - Albert Einstein
Le monde actuel s'est construit pas à pas depuis les origines du monde, avec les découvertes scientifiques et les évolutions sociales propres à chaque culture, chaque nation, influencées par les géographies de chacune.
Nos modes de pensée actuels nous ont tracé un avenir sombre où des limites planétaires sont déjà dépassées (6 sur 9 identifiées !), et ne sont pas adaptés aux conséquences que cela aura sur les différentes populations. Nous avons par ailleurs scié la branche sur laquelle nous sommes assis en ayant eu recours à des solutions, souvent technologiques, qui nous ont privé de notre capacité historique d'action autonome, en instituant des infrastructures complexifiant, voire interdisant de fait tout recours à des modes de vie sobre : éloignement des services et des sources de nourriture, éparpillement des familles, dépendance à la technologie (transports, électricité), perte de savoir faire (bricolage) ou de capacité à pouvoir faire seul (l'exemple de l'omniprésence de l'informatique et l'incapacité de réparer soi-même (quand bien même ce serait possible !) est assez flagrant ; mais la voiture personnelle, surtout hors des grandes villes, et également éclairant).
La pensée de quelques uns est insuffisante (loi de la variété requise de Ross Ashby) pour réimaginer un monde différent qui apporte ne fut-ce que l'essentiel des services vitaux (lesquels devraient être par ailleurs déterminés en commun afin de satisfaire les conditions locales des, futurs usagers) de part la complexité de ce qu'il convient de défaire et reconstruire : le temps et les moyens nous manquent pour agir au mieux, sans compter les conditions environnementales qui commencent déjà à jouer contre nous.
Pour faire face à la situation complexe du monde, nous devons associer les idées et perspectives différentes d’un maximum d’individus, tout en tenant compte des contraintes locales à ceux-ci. À cette fin, plusieurs approches systémiques ont été réunies et articulées afin de permettre cette expression de la pluralité des perspectives individuelles, favoriser l’émergence de solutions adaptées aux participants tout en prenant en compte les contraintes globales (climat, énergie, etc.) et locales (biorégion, politique locale, etc.)
Pourquoi un manuel ?
Changer est difficile, nous préférons tous, généralement, continuer à faire ce que nous avons toujours fait, lorsque la situation est confortable. Toutefois, nous sentons bien que la situation planétaire actuelle est intenable et qu’il faut changer radicalement de trajectoire sociétale si l’on veut pouvoir préserver une vie acceptable.
Toutefois, le changement sociétal dont nous parlons se doit d’adresser toutes les facettes de la vie en société, tenir compte des particularités locales des communautés qu’il se propose d’adresser tout en restant “simple” à gérer. Puisqu’il est compliqué d’enseigner la systémique (cf. Introduction à la systémique), il a été décidé d’intégrer les éléments systémiques à un manuel qu’un groupe de facilitateurs pourrait suivre linéairement, et qui garantirait que tous les aspects nécessaires à un changement seraient adressés :
- transmission de postures et méthodes permettant le travail en commun (par exemple Posture : Communication Non Violente (CNV), Sociocratie, etc.) ;
- ateliers clés en main pour facilitateurs débutants ;
- tissage de différentes approches systémiques dans les différents ateliers, sans qu’il soit nécessaire de passer par un apprentissage approfondi de celles-ci ;
- méthode de gestion de projet de changement systémique pour pérenniser le projet de transition.
Pour cela, le manuel part de la formule du changement (https://en.wikipedia.org/wiki/Formula_for_change) que l’on retrouve souvent :
Changement = Insatisfaction x Vision x Premiers Pas >Résistance
Cette formule se comprend de la manière suivante : un changement devient possible lorsque les trois facteurs que sont l'Insatisfaction relative à la situation actuelle (et/ou future), une une Vision attrayante du futur et des des Premiers pas encourageants vers celle-ci sont supérieurs à la la Résistance à changer.
Ce manuel prend les participants par la main et leur propose de participer à des ateliers spécialement conçus dans l’optique de répondre à cette équation du changement :
- dans la phase 3. Comprendre, l’Insatisfaction du monde actuel et à venir est clarifiée ;
- dans la phase 4. Construire
les participants imaginentuneune Vision attrayante et viable d’un futur alternatif pour leur communauté ; - enfin, dans la phase 5. Motiver et Agir
ils sont accompagnés dans la réalisation et la valorisation deleursleurs Premiers pas.
D’autres étapes ont été prévues:
- en amont, 2. Echanger permet aux participants de se rencontrer et d'apprendre les fondamentaux permettant de faciliter un travail en commun ;
- en aval, on retrouve deux étapes: 6. Gérer
qui leur permet d’organiser leur chantier de transition ainsi que les transformations sociétales qu’ils auront initiées, et 7. Transmettreleur propose des outils méthodologiques leur permettant d’accompagner d’autres communautés et ainsi tisser des liens de résilience avec celles-ci.
De la systémicité des problèmes actuels et à venir
Les problèmes actuels et futures ont/auront des causes multiples et des conséquences multi-dimensionnelles mipliquant toutes les facettes de nos sociétés. Ce manuel s’attache principalement à fournir un cadre systémique permettant à une communauté de construire une transition de façon à pouvoir faire face aux aux conséquences des problèmes.
Concernant les les causes, si certaines sont évidentes, d’autres dépendent fortement des perspectives (points de vue) individuelles et collectives, influencées par les différentes cultures de la société humaine (pays, régions). Se quereller pour identifier lesquelles sont “les bonnes” ou pas n’a que peu d’intérêt car chaque personne a une idée (bonne de son point de vue) de ce que sont les causes probables de la situation actuelle. Ce manuel prend donc une approche de changement dite “fondée sur les forces” qui consiste à considérer qu’un mouvement vers l’avant est toujours possible et que les “solutions” à la transition sont déjà au moins en partie présentes et connues (cf. Changement : Les démarches de changement fondées sur les forces pour en savoir plus sur cette posture).
Si les sociétés vont se voir imposer des transitions forcées par la Nature, les êtres humains, quant à eux, ont leurs propres propres vulnérabilités, que l’on a choisi de considérer selon Les 6 vulnérabilités ou risques majeurs pour l’être humain.
Enfin, s’agissant de savoir ce qui est susceptible de nous atteindre directement (toucher nos vulnérabilités humaines), et contre quoi nous devons nous prémunir, ce manuel a choisi de catégoriser les menaces (Les 9 principales menaces pesant sur l’humanité) contre lesquelles nous cherchons à nous prémunir.
Pour rappel, ces menaces adressant toutes des vulnérabilités des êtres humains, aucune ne saurait a priori être jugée plus critique que les autres, bien qu’une analyse plus fine puisse certainement permettre de leur donner des poids différents. Mais au vu de leur importance, est-ce si utile que cela ?
En tout état de cause, les relations multiples entre tous les éléments ci-dessus montrent déjà, malgré une grossière approximation, la situation complexe, interconnectée, et finalement fragile, de nos civilisations. Cela justifie déjà en soi une approche systémique à la hauteur de ce premier niveau de complexité.
Les principales approches systémiques du manuel
Tout ce qui a été rassemblé dans ce manuel a été jugé utile, voire nécessaire pour s’assurer d’une transition adressant le maximum de facettes du système formé par les sociétés humaines et la Terre, avec un maximum d’efficacité. Mais le nombre de méthodes présentées (voir la liste dans la section Les modèles utilisés) peut effrayer. Voici donc un résumé à fins de première compréhension, qui ne saurait remplacer, encore une fois, l’usage de l’exhaustivité d’entre elles, selon les modalités proposées dans le déroulé.
La raison fondamentale de ce manuel tient dans la loi systémique dite “loi de la variété requise” de Ross Ashby. Cette loi postule que pour prétendre contrôler parfaitement un système, il faut que l’on dispose d’une variété égale ou supérieure (la variété étant comprise comme l’ensemble des états différents que peut prendre un système). L’être humain, par les technologies et la globalisation de la société qu’il a créé, en interconnectant tous les domaines de la vie, a conçu un système hautement complexe. Seul un système de complexité égale ou supérieure pourrait espérer le contrôler : ce n'est malheureusement plus possible.
Si nous ne pouvons par conséquent plus prétendre contrôler l’ensemble de la société humaine au niveau planétaire, on peut toutefois espérer, à un niveau plus local comme celui d’une communauté, cible de ce manuel, permettre aux membres de celle-ci, grâce à l'usage adéquat de méthodes de changement systémique, de concevoir un système humain de variété suffisante pour gérer la plupart des facettes du système que forme cette communauté et son environnement.
Ce manuel permet donc à une communauté de s’organiser selon des modèles systémiques et à l’aide de techniques de facilitation propices à permettre l’émergence de réponses locales adaptées à un périmètre donné.
Étudier toutes les facettes de la société humaine
Un modèle a été choisi, Les 12 domaines nécessaires à une culture humaine durable. Ces 12 domaines de la société doivent être étudiés individuellement, mais également les uns en relation avec les autres. La méthode choisie pour cela est Team Syntegrity (TS).
Tenir compte de la temporalité
Nous faisons aujourd’hui déjà face à des problèmes de transition forcée sur le long terme (climatique, économiques, écologiques…) Cela nous pousse dans une urgence qui risque de nous inciter à la précipitation, au détriment de l’efficacité. Il est donc important de garder un cap temporel vers une direction que nous allons choisir. C’est le rôle de l’approche approche Les trois horizons (3H) qui s’intéresse à la situation présente, au futur que nous souhaiterions construire, et aux éléments nécessaires intermédiaires à mettre en place pour y arriver.
La construction de ce futur ne peut reposer sur d’hypothétiques innovations technologiques alors que nous envisageons déjà une raréfaction de l’énergie et des matières premières. C’est pour cela que l’approche Interactive Planning/Idealized Design (IP/ID) est intéressante, puisqu’elle part de ce qui est déjà possible (techniquement et humainement)… si l’on considère pouvoir faire table rase de la société actuelle (c’est à dire sans s’imposer de contraintes d’ordre politique par exemple).
Assurer la viabilité
Le manque d’anticipation nous a mené dans la situation actuelle: transition forcée dans un futur proche, mais également crises sanitaires à répétition (SRAS, grippe aviaire H1N1, Covis-19). Éviter ce genre de déboire à l’avenir est nécessaire, d’un point de vue civilisationnel mais également, plus prosaïquement, dans nos propres initiatives de transition, qui devront en permanence garder un œil sur l’évolution de la situation mondiale et locale, et sur le résultat de nos propres expérimentations de transition. À ce titre, Le Viable System Model (VSM) est tout indiqué, dans les deux cas. C’est d’autant plus important de se préoccuper de la notion de viabilité que dans un contexte de relocalisation massive, la vulnérabilité est plus grande : il n’est en effet pas possible d’aller chercher plus loin ce qu’on aurait épuisé localement!
Les méthodes complémentaires
D’autres principes, outils et méthodes sont proposés dans ce manuel, mais ils interviendront plus en tant qu’outils de facilitation, de coaching, de communication, de formation ou de gouvernance au quotidien, voire pour resserrer les liens de la communauté. Nul doute à ce titre que ces dernières sauront imaginer les rituels et célébrations qui lui conviennent, propres à maintenir une harmonie propice à la poursuite de la transition.
Un déroulé malgré tout linéaire
Si tous les éléments précédents peuvent effrayer de part leur apparente difficulté (complexité !), la démarche peut cependant se présenter de manière linéaire (cf. les pages correspondantes dans la section [Les étapes pour construire une transition](https://www.notion.so/Les-tapes-pour-construire-une-transition-5d413464807640e28f4562964b96d08c) ) :
- 1. Se préparer donne les pré-requis pour les facilitateurs (se familiariser ave cle manuel, acquérir des postures comportementales propices à susciter le changement, apprendre des techniques de facilitation et les méthodes systémiques qui permettront d'animer la communauté qui cherche à construire sa transition) et pour la communauté qui cherche à s'approprier son propre futur
- 2. Echanger
sur la démarche que la communauté se propose d’aborder, ainsi que le présent manuel - 3. Comprendre la situation actuelle, son inéluctabilité, son urgence
- 4. Construire
une vision d’un monde acceptable durant et après la transition (climatique, énergétique…) - 5. Motiver et Agir
pour permettre à cette vision de se réaliser, tout en tenant compte de l’évolution de la situation (aucun plan ne se déroule comme prévu, surtout à cette échelle encore jamais tentée) - 6. Gérer le groupe pour maintenir les activités de transition, et gérer tout ce qui aura été construit
- 7. Transmettre les apprentissages à d’autres, afin de renforcer les liens entre communautés (pour plus de résilience et minimiser les risques de violence), et maintenir, voire accélérer la transition (notre propre résilience dépend fortement des autres… c’est un principe systémique que nous découvrons à l’échelle humaine actuellement : tous les scientifiques sont d’accord pour dire que la perte de biodiversité (liée notamment aux ruptures de liens inter-espèces) nous menace directement.
À chaque étape, des méthodes adaptées seront présentées, et les résultats d’une étape permettront d’alimenter l’étape suivante.
Nous vous souhaitons un magnifique voyage dans la construction d'un avenir meilleur et durable dans une communauté soudée et prospère.