Les 6 vulnérabilités ou risques majeurs pour l’être humain
Cette partie provient de travaux du spécialiste anglais des catastrophes Vinay Gupta (par exemple cette vidéo en anglais qui a formalisé le concept des 6 ways to die (six manières de mourir): https://www.appropedia.org/Six_ways_to_die)
Ce qu’explique V. Gupta dans la vidéo ci-dessus, c’est que pour répondre à ces 6 risques majeurs, les sociétés industrialisées modernes ont apporté des réponses techniques et fondées sur une abondance énergétique (pétrole notamment) :
- chaud/froid : des abris (maisons, immeubles) qui sont des éléments éminemment locaux aux personnes (mais qui peuvent dépendre d’infrastructures plus éloignées: électricité, gaz, eau courante)
- faim/soif : des chaînes logistiques permettant d’amener la nourriture et l’eau depuis des lieux éloignés. Ce transport nécessite aujourd’hui une industrie : véhicules, pétrole
- maladie/blessures : des infrastructures (hôpitaux) ou d’autres personnes (médecins) permettent de s’en prémunir ou de se soigner, mais, là encore, des industries sont nécessaires à leur fonctionnement
Pour les communautés souhaitant passer directement à l’action pour limiter les dégâts en cas de perturbation des infrastructures, nous ne pouvons que fortement recommander la lecture du document suivant de Vinay Gupta (en anglais 🇬🇧): https://ia802808.us.archive.org/12/items/TheGuptaStateFailureManagementArchive/START_HERE__Dealing_in_Security__Simple_Critical_Infrastructure_Maps__July2010.pdf
Trop chaud / Trop froid
Les habitations actuelles sont souvent :
- mal isolées
- et dépendantes de l’énergie (électricité, fioul, gaz)
pour se chauffer ou se refroidir. Dans une situation de pénurie d’énergie, ces besoins élémentaires vont poser problème pour être satisfaits.
Un lieu d’habitation dont l’extérieur est protégé des écarts de température trop importants est également souhaitable (pour pouvoir sortir de chez soi !). A fuir donc les pièges à chaleur que sont les villes, valoriser les espaces avec de l’eau (masse thermique limitant les écarts), des arbres (humidité de l’air, ombrage, écran solaire).
H1 court terme
Déjà actuellement, la planète vit des périodes de chaleur intense (mai 2022, des températures mortelles pour l’homme ont été atteinte en Inde). Les problématiques d’isolation thermique en été se font sentir.
H2 moyen terme
Les problématiques de chaleur vont se renforcer mettant toujours plus de populations en risque.
Nous verrons également probablement des vagues de froid, comme les vortex polaires qui descendent du pôle nord sur l’Amérique du nord au printemps, conduisant à des froids extrêmes dans des états non préparés à cela, comme le Texas en 2021).
H3 long terme
Si le dérèglement climatique se poursuit, les vagues de chaleur ainsi que les épisodes de froid polaire vont augmenter en fréquence et en intensité. Couplé avec une baisse des ressources abiotiques et énergétiques, un effet ciseau apparaîtra :
- augmentation des besoins de protection contre le froid et le chaud
- baisse des ressources abiotiques et énergétiques permettant d’y répondre
Faim / Soif
L’alimentation dépend aujourd’hui des énergies fossiles :
- l’agriculture est totalement dépendante du pétrole (tracteurs, importations (transports))
- et des phosphates (pour ce qui ne relève pas de l’agriculture biologique ou similaire)
- les habitations sont alimentées par des stations de pompage et de
purification de l’eau, fonctionnant à l’énergie fossile (pétrole, gaz ou uranium)
Par ailleurs, plusieurs des menaces considérées dans ce manuel (cf. [Les 9 principales menaces de l’humanité](https://www.notion.so/Les-9-principales-menaces-de-l-humanit-42c073675f254663b8e4f39b758092bc?pvs=21)) touchent directement aux aspects faim et soif des êtres humains: eau verte, utilisation des sols, dérèglement climatique, énergies denses et bon marché, etc.
H1 court terme
A court terme, les menaces citées dans [Les 9 principales menaces de l’humanité](https://www.notion.so/Les-9-principales-menaces-de-l-humanit-42c073675f254663b8e4f39b758092bc?pvs=21) vont se faire sentir de plus en plus fortement et impacter tant la productivité de l’agriculture que les ressources en eau potable.
H2 moyen terme
A moyen terme, outre la poursuite des dégradations liées aux dépassements des limites planétaires, nous allons devoir supporter une pression accrue de la démographie (toujours exponentiellement croissante) sur des surfaces agricoles en pertes également croissantes de productivité.
Par ailleurs, les zones encore exploitables en agriculture et eau potable vont nécessairement attirer les populations dont les zones de résidence seront touchées par [Les 9 principales menaces de l’humanité](https://www.notion.so/Les-9-principales-menaces-de-l-humanit-42c073675f254663b8e4f39b758092bc?pvs=21), accentuant ainsi d’autant plus les flux migratoires.
Les changements climatiques notamment (mais d’autres limites planétaires également) imposeront également un changement de régime alimentaire dans les zones encore exploitables, car les cultures habituelles ne pourront probablement plus survivre aux nouvelles conditions (climat, régime des pluies, nutriments du sol, etc.)
H3 long terme
A long terme, c’est l’ensemble du système agricole qu’il aura fallu totalement revoir pour permettre l’alimentation de toujours plus de personnes sur des surfaces exploitables toujours plus restreintes (faudra-t-il choisir entre le logement et les champs ?) et moins fertiles, avec moins de moyens de culture (aides chimiques, matériel agricole mécanisé).
Maladies / Blessures
Le domaine de la santé est l’un des ressentis comme le plus critique. Des premiers secours (antibiotiques) à la chirurgie et aux maladies chroniques, la dépendance aux énergies et aux hautes technologie est totale. Par ailleurs, les quatre autres vulnérabilités (faim, soif, chaud, froid) ont également des conséquences sur la santé.
H1 Court terme
L’augmentation du dérèglement climatique (chaleurs et vagues de froid) continuera à peser sur la santé. En mai 2022, l’Inde voit déjà des températures extrêmes supérieures aux limites de la vie humaine (alors que ce n’est normalement pas encore la période la plus chaude de l’année).
H2 Moyen terme
Les conditions climatiques et d’agriculture vont probablement favoriser les épizooties (épidémies animales) ainsi que le passage de virus du monde animal au monde humain (comme la pandémie de Covid-19 de 2019 à 2022 (voire au-delà ?) nous l’a déjà démontré).
Les troubles sociaux liés aux premières migrations climatiques massives n’iront probablement pas sans heurts sociaux significatifs, avec les conséquences habituelles de mouvements de foules en colère (blessures). Des conflits culturels et identitaires pourraient également conduire à une augmentation du nombre d’homicides.
Par ailleurs, la prise de conscience accrue de la situation planétaire catastrophique nuira très probablement (comme c’est déjà identifié depuis les années 2020) sur la santé mentale des habitants (anxiété climatique, solastalgie).
H3 Long terme
A long terme, les atteintes répétées aux quatre autres menaces et l’augmentation de leur intensité pourraient peser durablement sur la santé humaine (chaleur, sécheresse, malnutrition, conflits sociaux).
Cartographie des infrastructures critiques
Les six vulnérabilités qui viennent d’être présentés doivent être considérés dans la situation actuelle des civilisations industrielles. Ceci est résumé dans la [cartographie des infrastructures critiques de Vinay Gupta](https://www.archive.org/download/TheGuptaStateFailureManagementArchive/START_HERE__Dealing_in_Security__Simple_Critical_Infrastructure_Maps__July2010.pdf) (une méthode en soi):
Dans cette cartographie, on se rend compte des liens qui existent entre les sources d’énergie (fuel mkts, energy mkts) et les besoins (donc risques) des êtres humains. On peut rajouter tout ce qui est usine également, qui a besoin d’énergie pour fonctionner (sur le schéma: sewage plant (station d’épuration), water plant).
Concrètement, tout ce qui dépasse le cercle de la maison a besoin d’énergie pour fonctionner, dans nos civilisations industrielles actuelles. Ce qui a été éloigné du centre l’a été pour des raisons d’optimisation économique, mais implique aujourd’hui des dépenses énergétiques, donc des complications en situation de pénurie.
On se rend ainsi compte que la nourriture provient de marchés très éloignés (international), de même que l’énergie.
La stratégie va donc consister à supprimer les dépendances trop lointaines, notamment énergétiques, et rapproche tout ce qui peut l’être du centre de la carte, en maintenant des effets de synergie (économies d’échelle).
- la maison, pour assurer la protection contre le chaud et le froid devra si possible être autonome ou dépendre de sources d’énergies locales (isolation, chauffage passif ou bois local, etc.)
- la nourriture devra être locale
- l’eau devra pouvoir être acheminée ou trouvée le plus localement possible et en utilisant de l’énergie gratuite: puit, gravité (rivière)…
- la médecine pose clairement problème: des remèdes locaux sont à retrouver (herbologie)
- et la sécurité devra avant tout reposer sur de l’évitement (bonnes relations sociales) ou de la self-défense
C’est tout l’objet de ses pages que de fournir des méthodes et un canevas global permettant de construire cette résilience la plus locale et efficace possible, ainsi que de la maintenir en situation de fonctionnement.
Le Viable System Model (VSM) fournit un modèle systémique permettant :
- la subsidiarité (délégation des décisions au plus bas/local niveau possible) pour plus d’adaptation aux conditions de chacun et une rapidité d’exécution
- la gestion des interdépendances entre différents sujets afin qu’une optimisation locale ne se fasse pas au détriment d’une autre partie du système, voire de la stabilité de l’ensemble
- le pilotage des systèmes tant locaux que plus globaux, permettant par là-même, au travers d’un gouvernance qui pourrait paraître trop formel, le maintien d’un lien social néanmoins fondamental
Références
Voici d’autres sources d’informations qui peuvent être utile dans ce contexte:
- Les 7 sphères d’Arthur Keller : https://heitzbenoit.files.wordpress.com/2019/09/ecologie-keller-arthur.pages_.pdf
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