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À qui s'adresse ce manuel ?

Vue générale : pour des petites communautés à la recherche de leurs solutions

Ce manuel permet de dérouler plusieurs méthodes systémiques, interconnectées, permettant d'étudier les trajectoires probables des transitions forcées que nos sociétés vont devoir affronter dans les années à venir (voire que certaines d'entre elles ont commencées à subir).

Comme indiqué par ailleurs, la loi de la variété requise de Ross Ashby, la complexité des sociétés actuelles (quel que soit leur emplacement sur la planète), ne permet plus à quelques individus seulement de repenser l'ensemble d'une manière acceptable : il est nécessaire que plusieurs personnes se rassemblent et d'organiser leurs échanges de manière optimale (l'organisation globale de ces échanges est réalisée avec Team Syntegrity (TS)).

Par ailleurs, parlant d'une diminution à venir des capacités énergétiques (ou des moyens de transport due à des pénuries de matériaux de fabrication), il n'y a pas d'intérêt d'utiliser le manuel à l'échelle d'un pays, a fortiori à une taille plus élevées. Des conditions locales au sein d'un pays justifient de toute manière des études et des solutions adaptées à des périmètres plus restreints. 

En conclusion, ce manuel s'adresse donc à des communautés locales au niveau d'un bassin versant ou d'une petite biorégion qui sont en recherche des solutions adaptées à leur contexte, et non d'un catalogue de solutions qui ne leurs correspondraient pas.

Sa finalité est de servir d'animation à une communauté, mais sa cible est celle des facilitateurs et animateurs qui en dérouleront le contenu pour réaliser les animations à destination des communautés ciblées.

On peut finalement distinguer deux parties dans le manuel :

  1. la facilitation systémique qui décrit le cheminement global de l'animation de la communauté, déroulé par quelques facilitateurs ;
  2. les annexes avec Les modèles utilisés, dont la majorité peut être réutilisée dans des sous-groupes de la communauté, sur des thématiques particulières, pour animer des réunions au sein d'un village, d'un quartier, pour gérer un domaine particulier de la communauté (l'agriculture, le système de santé local, les forêts en tant que réservoir de biodiversité et source d'alimentation ou de plantes médicinales, etc.)

Pour des individus motivés seulement

Tout le monde n'a pas un esprit d'innovation, ou une volonté d'aller vers la nouveauté. C'est normal. Par conséquent, il est vain d'essayer de forcer à changer la petite communauté dans laquelle on s'insère, celle dont il est question ci-dessus.

Selon la théorie de la diffusion des innovations d'Everett Rogers, les individus confrontés à l'innovation (faire les choses autrement, ou faire de nouvelles choses) se répartissent, de manière non uniforme, en cinq catégories :

  • les Innovateurs (2,5% de la population environ) : ce sont ceux qui ont une réelle volonté, et les moyens de prendre des risques et de se lancer. Ce manuel s'adresse bien évidemment à eux : les facilitateurs devraient être issus de ce groupe.
  • les adopteurs précoces (early adopters, 13,5% de la population environ) n'ont la capacité des innovateurs, mais sont prêts à adopter ce que les innovateurs auront commencé à créer et mettre en place. Ils devraient être la cible des innovateurs.
  • la majorité précoce (early majority, 34% de la population environ) attend de voir ce que les adopteurs précoces auront mis en place, et, convaincus par les résultats, rejoindront le mouvement. Mais il est inutile d'essayer de les convaincre par la raison : seuls des résultats concrets les feront basculer. Les adopteurs précoces devraient donc communiquer sur leurs résultats pour faire émerger cette majorité précoce du reste de la population
  • la majorité tardive (late majority, 34% de la population environ) attend de s'assurer que cela fonctionne à l'échelle, avec beaucoup de monde, pour rejoindre le mouvement. Pas forcément convaincus au départ, ils ont tendance à suivre les mouvements déjà bien établis. Il est inutile de s'intéresser à eux de manière active, il faut juste attendre qu'ils se manifestent.
  • les retardataires (laggards, 16% de la population environ) sont généralement réfractaires au changement. Ce sont également des "mangeurs de temps" : vouloir à tout prix les convaincre vous fera perdre votre temps. Ils ne changeront qu'une fois que tous les autres auront changé. Ou pas.

Le démarrage devrait donc s'effectuer uniquement avec des personnes fortement motivées et ayant envie de changer maintenant et disposant des moyens pour le faire (envie, caractère, temps, argent, moyens, ...) : les innovateurs. Dès que des premiers résultats seront disponibles, ils pourront commencer à attirer des adopteurs précoces pour renforcer leurs rangs, continuer à s'organiser à l'aide des outils proposés par le manuel et continuer à construire la transition au sein leur petite communauté.

La théorie décrit un gouffre (chasm) entre ces deux premiers groupes et les suivants, notamment la majorité précoce. Cela veut dire qu'au moment où les deux premières catégories d'individus dans une communauté auront été touchés et impliqués dans l'initiative, il faudra déployer des moyens supplémentaires pour arriver à convaincre la majorité précoce. Il faudra donc avoir des résultats concrets et indiscutables à montrer pour les faire basculer. Mais lorsque cette majorité précoce commencera à arriver, il faudra mettre en place des moyens supplémentaires pour maintenir la cohésion de l'initiative car il y aura beaucoup plus de monde à gérer. C'est le moment où les techniques de facilitation de groupe, l'autonomisation des différents thèmes de la transition (Les 12 domaines nécessaires à une culture humaine durable) et une gouvernance devront se mettre en place.

Point d'attention culturel

Enfin, une note concernant le point de vue culturel depuis lequel ce manuel est rédigé.

Le présent manuel, s'il se veut universel dans sa portée, il semble important de noter qu'il a été rédigé dans un pays du Nord, industrialisé (ancré dans une civilisation thermoindustrielle). Il est plus que probable que des biais y figurent et nous espérons que les lecteurs pardonneront aux rédacteurs les difficultés (involontaires !) que ces biais pourraient poser dans la mise en œuvre du manuel.

En tout état de cause, il se peut que ce manuel ne puisse fonctionner en l'état dans d'autres cultures, non pas tant au niveau des modèles qu'il propose (ces modèles étant systémiques, ils sont donc transdisciplinaires et par définition "fonctionnent" partout), mais au niveau de la facilitation et l'introduction de ces modèles auprès des participants qu'il prétend pouvoir faciliter : le mode de fonctionnement collectif, horizontal et sans expertise affichée (autre que la facilitation), peut ne pas convenir ou être adapté à toutes les cultures. Les cultures où une catégorie de la population a plus d'autorité sur les autres (patriarches, matriarches, dirigeants, anciens, religieux, ...) peut être réticente à l'idée d'un manuel qui prône la facilitation bottom-up (du bas vers le haut), sans passer par les circuits de validation habituels. En ce cas, il faudra que le manuel soit adapté ;, mais seules des personnes ayant une double culture devraient prétendre à le faire correctement (celle depuis laquelle ce manuel est écrit, et celle vers laquelle ils souhaitent transcrire les idées de ce manuel).

Les éventuelles adaptations de ce manuel rendues nécessaires pour la mise en œuvre des transitions dans des cultures différentes sont bien évidemment les bienvenues, afin d'inspirer d'autres déploiements, dans d'autres cultures !