Posture collective : La dynamique des groupes restreints
Par Thierry Raffin
Entrer en interaction communicative avec plusieurs personnes rassemblées, constitue une situation ordinaire pour nous autres êtres humains, qui nous définissons comme des êtres sociaux et pour reprendre une expression du philosophe Platon “des animaux politiques”. Le plus souvent nous utilisons le langage. Bien sûr le mot évoque immédiatement la parole , mais il faut prendre conscience que notre corps s’exprime aussi pour nous, et peut même nous trahir, ou du moins dire autre chose que ce que nos mots disent. Ainsi la communication avec plusieurs personnes rassemblées physiquement, mais aussi de nos jours de manière “virtuelle” lors d’une visio par exemple, repose sur des liens qui rentrent dans ce que [Kurt Lewin](https://fr.wikipedia.org/wiki/Kurt_Lewin) a appelé une dynamique de groupe. La taille du groupe importe énormément. Les phénomènes de groupe ne sont pas les mêmes selon que le groupe est composé de quelques personnes à quelques dizaines, ou selon que le groupe est plus nombreux pouvant atteindre des centaines de personnes. Au-delà on pourra parler de foules et de masses ; et là nous entrons dans une autre dimension qui constitue l’arène politique ou médiatique de nos sociétés modernes. Ici nous allons nous occuper plutôt des petits groupes, pour deux raisons :
- d’abord dans une logique de formation directe, les groupes ne dépassent pas ou rarement la trentaine de personnes. Il suffit de penser à un professeur des écoles avec plus de 30 élèves pour comprendre intuitivement que les choses ne sont plus les mêmes dans la relation pédagogique
- puis dans la constitution de micro-communautés résilientes , l’une des situations envisagées est celle de petites communautés ne dépassant pas non plus cette taille “restreinte”. Et là nous pourrons voir que nous sommes dans une sorte de mixte entre la dynamique des groupes restreints et la [gouvernance politique. Lien vers ce thème…](http://a)
Ces quelques paragraphes n’ont pas d’autre ambition ici que de sensibiliser à la compréhension d’ensemble de ce qu’est un groupe, sa constitution, ses différents types, les éléments clés à repérer pour comprendre son fonctionnement dynamique.
10.11.1.1 Définition d’un groupe
Un groupe est composé d’un nombre variable mais limité d’individus qui sont rassemblés :
- par des liens d’interactions sociales (le premier groupe auquel on peut penser c’est le groupe familial - plus ou moins étendu), mais cela peut être une classe d’école, qui possèdent des durées de vie plus ou moins longue. Mais cela peut être un groupe rassemblé pour une durée limitée comme un stage, ou une séance de travail. On peut considérer qu’une petite communauté partageant une vie collective ou sociale constitue un groupe. On peut même considérer qu’un village peut se comporter comme un groupe. Sur une échelle territoriale plus grande , la ville par exemple et au delà on parlera plutôt de population.
- pour réaliser ou produire des actions ayant une finalité définie (plus ou moins clairement pour l’ensemble de ses membres) par le biais de ses interactions. Cette production peut dans les groupes professionnels peut être matérielle ou intellectuelle, mais dans les groupes pédagogiques cela peut être l’apprentissage, dans une famille l’organisation domestique des tâches mais aussi l’entretien de la relation d’affection entre les membres. Les finalités d’un groupe peuvent être multiples (en distinguant les finalités explicites et implicites, premières ou secondaires) et varier en intensité dans le temps.
Les groupes à considérer comme concernés par la dynamique de groupes ne sont donc pas des collections d’individus sans rapport les uns aux autres. Le système des interactions en s’établissant peut conduire à un sentiment identitaire d’appartenance (au groupe) qui n’exclut pas les tensions ou les conflits internes.
10.11.1.2 Les groupes restreints selon Kurt Lewin
La notion de “dynamique de groupe restreint” est due au psychologue Kurt Léwin, Il souligne qu’un groupe “est plus que, ou plus exactement, différent de la somme de ses membres. ll a sa propre structure, et des relations propres avec d’autres groupes. L’essence du groupe n’est pas la similarité ni la dissimilarité de ses membres, mais leur interdépendance. Chaque groupe peut être caractérisé comme une “totalité dynamique”; cela signifie qu’un changement dans l’état d’une de ses parties change l’état de n’importe quelle autre sous-partie.” Il y a donc un fonctionnement systémique du groupe en interaction dont l’une des composantes essentielles est le type de leadership qui est développé au sein d’un groupe. Dans la dynamique de groupes Kurt Lewin distingue les très petits groupes (restreints ou primaires) des groupes plus nombreux (secondaires) intégrant un début d’organisation formelle infléchissant et orientant la dynamique du groupe.
10.11.1.3 Les phénomènes de groupe
Il faut qu’il existe un but commun ou des buts interdépendants pour considérer qu’on est bien dans le champ de la dynamique de groupe. D’autres critères sont aussi évoqués : les interactions interpersonnelles, la perception d’appartenance, la motivation, la structuration des relations qui se manifeste en particulier par l’émergence de normes de groupe, l’influence des individus les uns sur les autres.
Et là en particulier, l’un des éléments clé des phénomènes de groupe est la constitution d’un **leadership**, et la série des effets qu’il peut entrainer en terme :
- de motivation
- de résistance (freinage, sabotage)
- de contestation (remise en cause, conflit)
A partir des travaux de Kurt Lewin , on distingue habituellement 3 types principaux de leadership ayant des effets contrastés :
- Le style autoritaire
- Le style “permissif”
- Le style “démocratique”
Mais d’autres dimensions émergent dans un groupe comme l’affectivité, mais aussi le sentiment d’appartenance, de cohésion qui peuvent généré des états de transcendance au niveau du groupe permettant de parler de “flow collectif”. (voir paragraphes plus bas)
10.11.1.4 La dynamique de groupe et ses applications
La dynamique de groupe s’intéresse donc à la nature, au fonctionnement des petits groupes et aux effets qui en résultent. Dans cette perspective, on considère par exemple que l’appartenance ou la référence à un groupe peuvent favoriser certaines attitudes, croyances ou opinions, au travers de la production de normes définissant le fonctionnement du groupe. Cette influence du groupe peut devenir significative, influençant les représentations et actions individuelles, les types de comportement et de réaction.
Lorsqu’un groupe se constitue en vue d’un objectif , 4 moments peuvent être distingués (source: [modèle de Tuckman](https://en.wikipedia.org/wiki/Tuckman%27s_stages_of_group_development)) :
- **Formation** : aller vers les autres ; interconnaissance
- **Lancement** : abaissement des barrières de la politesse et tentative d’aller dans le vif du sujet, même si cela engendre quelques altercations ; installation du leadership
- **Régularisation** : s’habituer à chacun, et développer la confiance et la productivité ; production des normes internes
- **Exécution** : travailler dans un groupe avec un but commun sur une base hautement efficace et coopérative.
La « dynamique d’un groupe » peut donc faciliter des changements dans les comportements et/ou les attitudes d’une personne ou d’un groupe ; mais aussi la cohésion collective et sa capacité à réaliser ses objectifs.
Plus le groupe est nombreux: • moins les membres sont satisfaits : les difficultés de communication s’accroissent. • plus il y a de chance pour que se forment des sous-groupes et des cliques. • plus les problèmes interpersonnels prennent d’importance, au détriment de l’unité d’action dans la réalisation de la tâche. Si le groupe est trop petit, l’expression des désaccord est plus difficile et la tension augmente malgré les apparences.
Faire un lien de ce paragraphe vers les questions relatives aux techniques d’animation de groupe
10.11.1.5 Interactivité et affectivité
Le bon fonctionnement du groupe, repose sur la capacité d’écoute dont chacun peut faire preuve lors d’une session ou d’une réunion. Cette capacité d’écoute dépend de l’affinité qu’il est possible d’établir avec les autres personnes du groupe, mais aussi des tensions qui peuvent apparaitre (en fait l’écoute attentive est fonction du niveau émotionnel de la relation). Il peut être utile aussi que les participants puissent développer cette capacité d’écoute en ayant recours aux technique de l’[Ecoute active](https://www.notion.so/faf90d7c69e54f78875c186e230032a6?pvs=21)
L’étude de la dynamique de groupe permet par exemple de comprendre le rôle des meneurs ou celui des boucs émissaires. Mieux élucider l’émergence de tels rôles mais aussi les phénomènes de blocage et de découragement ou au contraire les sentiments d’euphorie et de toute-puissance, les difficultés à se centrer sur le problème à traiter, les expressions de rejet ou d’agressivité ou au contraire de sympathie voire d’attachement, l’émergence de sous-groupes ou de couples au sein d’un groupe, tout ce vécu et sa compréhension est important pour la pratique des professionnels de l’éducation, des acteurs sociaux en général… car si, par définition, le groupe n’existe que parce qu’il y a plusieurs personnes, inversement la personne (l’individu) n’existe et ne se développe que grâce aux différents « groupes » de son histoire : l’homme n’existe que dans une interdépendance, précisément parce qu’il vit, qu’il le veuille ou non, dans des groupes, en société.
10.11.1.6 Le “flow” comme expérience optimale de la dynamique de groupe
Comme le suggère le paragraphe précédent, la dynamique de groupe est traversées par des affects (positifs ou non). L’une des expériences optimales que peut connaitre un groupe dans sa dynamique d’interactions est ce qu’on appelle le [“flow”](https://fr.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychologie)) . [cf aussi les travaux de Keith Sawyer et Milahy Csikszentmihalyi ] (cf livre Kotel page 190-191). Le flow revêt dans notre optique un double avantage :
- il amplifie la résonnance du groupe, le sentiment d’être un groupe uni, en phase, relié dans ses objectifs et ressentis
- de ce fait même , il augmente sa puissance d’agir, ses capacités de créativité et de réalisation (individuelle et collective)
Pour cette raison , et afin de favoriser l’émergence bénéfique du flow sur ces deux plans primordiaux, il est intéressant pour un facilitateur du groupe d’identifier ce qu’on appelle les déclencheurs de cet état de flow collectif. Les 10 déclencheurs souvent identifiés :
- une grande concentration
- des buts clairs
- une bonne communication
- une participation égale des membres
- un élément de risque partagé identifié
- une “familiarité” (langage commun)
- le “mélange des égos” (humilité collective dans l’implication dans les buts communs)
- un sentiment de contrôle (mélange d’autonomie et sentiment de compétence au sein du groupe)
- une écoute attentive à la situation
- L’adhésion au mouvement du groupe (“toujours dire oui” - être positif et volontaire / objectif et expressions des uns et des autres)(résonnance)
Ceci se produit en particulier dans les “échanges conversationnels” (ou communicationnels - ceux ci pouvant se produire verbalement ou non - gestes ou échange d’une pratique commune) internes au groupe.
10.11.1.7 Les limites du système dynamique…
Là il s’agit d’examiner deux points sensibles :
- les risques de “manipulation” du groupe
- La dimension politique dès lors qu’il s’agit d’orienter les interactions dans le sens de la prise de décision collective / à la vie du groupe
- Infos pratiques Notion
Commencer une ligne avec un / et ça lance un menu pour choisir: H1 gros titre, h2 moyen, etc.
sinon en face du début d’un paragraphe, tu y mets le curseur de la souris et: le + te permets de choisir ce que tu veux (ou transformer un paragraphe déjà écrit), le groupe de point te permet de déplacer le paragraphe ailleurs sur la page.
et si tu sélectionne du texte, tu peux en changer le style. mais les raccourcis classiques fonctionnent aussi: Ctrl-B pour gras, Ctrl-I pour italique, etc.
Il est aussi possible de faire plusieurs colonnes en déplaçant sur le côté. Mais je n’en fais pas car je prévoir de tout exporter en PDf plus tard, ça gênerait la lecture
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