Histoire humaine, Spirale Dynamique et Environnement
Pour comprendre cette partie, il peut être nécessaire de lire au préalable la page Spirale Dynamique.
Histoire classique
Voici rapidement un état des lieux de l’histoire de l’humanité, en vision européenne (les dates diffèrent de plusieurs centaines d’années selon les régions du monde considérées).
- Paléolithique : âge de la pierre taillée de -3,3 millions d’année jusqu’à environ -11700 fin de la dernière période glaciaire, l’humanité est nomade, seules les ressources disponibles sont utilisées et les tribus migrent selon les saisons et la disponibilité de la nourriture. On peut noter que la migration correspond déjà à une réponse à l’exploitation des ressources au-delà de sa capacité à nourrir la population locale, en un lieu et un moment donné.
- Mésolithique : âge intermédiaire de -11700 jusqu’à -6400 en Europe, avec la mise en place de l’agriculture et l’élevage. C’est le début de la sédentarisation. A noter que l’agriculture utilise déjà le labour pour retourner les sols et tuer les mauvaises herbes. La conséquence en est le début de l’érosion des sols (des sédiments ont été découverts dans la mer morte qui ne peuvent s’expliquer que par une agriculture de labour sur les collines en amont, ce qui a permit de dater le démarrage de l’agriculture plutôt vers -11700 que -12500 comme c’était le cas auparavant - référence à retrouver). Cette agriculture permet donc la sédentarisation des populations.
- Néolithique : âge de la pierre polie, de -6400 à -3000 environ avec l’apparition de l’âge de bronze. L’agriculture et l’élevage jouent un rôle de plus en plus important, et l’homme ne fait plus qu’exploiter les ressources naturelles mais commence à en produire une partie. C’est l’âge de la pierre polie, de la poterie, du tissage et du développement de l’architecture. On voit donc apparaître une utilisation de l’énergie à des fins autres que la seule survie. Avec une humanité encore éparse sur la planète, il ne semble pas (plus) y avoir de problèmes de pénurie.
- Âge de bronze : de -3000 à -900, caractérisé par la découverte et le démarrage de la métallurgie. Les améliorations techniques des fours permettent de les faire monter en température (en utilisant toutefois plus d’énergie bois). C’est aussi le début de l’Antiquité
- Âge de fer : de -900 environ à -50 à la chute de l’empire romain. Le fer nécessite une température plus élevée que le bronze, la technologie fondée sur l’énergie continue à progresser.
- Antiquité (qui englobe l’âge du bronze) jusqu’en 476 avec la chute de l’empire romain d’Occident
- Moyen-Âge jusqu’en 1453
- Epoque moderne jusqu’en 1792 avec la chute de la monarchie en France
- Epoque contemporaine jusqu’à aujourd’hui avec l’exploitation du pétrole et autres ressources énergétiques en général, l’expansion du capitalisme et la mise en place du “village global” interconnecté grâce aux moyens de transports (des personnes et des biens), la communication, les échanges financiers et dernièrement, Internet.
L’objectif de ce très grossier résumé est de présenter l’histoire de l’homme sous ses aspects agriculture, technologies et usages de l’énergie. On peut constater que, contrairement à certains autres animaux qui régulent leur population en fonction des ressources disponibles, cela n’a jamais été le cas de l’homme, qui a au contraire développé son intelligence et son emprise sur son environnement pour permettre sa croissance (en plus de savoir, en plus de santé, et donc en plus de démographie).
Histoire selon la Spirale Dynamique
Selon la théorie empirique de la Spirale Dynamique, l’être humain et les sociétés humaines suivent des évolutions similaires, et dans le même ordre. La complexité de l’environnement humain (complexité créée par lui-même) engendre des problèmes qu’il ne peut résoudre avec le même état d’esprit que celui qui les a causés au préalable (comme l'aurait écrit Einstein). Ces crises l’amènent à passer à un niveau ultérieur, lui ouvrant de nouvelles portes de compréhension, donc d’action, conduisant à toujours plus complexifier sa relation au monde, et donc à créer de nouveaux problèmes qui nécessiteront un nouvel état d’esprit.
Toutefois, ces évolutions se sont toujours réalisées dans un contexte de relative abondance de ressources. On peut s’interroger sur ce qui pourrait advenir de ce modèle en situation de ressources fortement limitées (cf. Les 9 principales menaces pesant sur l’humanité).
Par ailleurs, si l’on prend pour acquis l’existence de personnes et de sociétés à tous les niveaux connus de la spirale, au sein d’une grande zone géographique ou culturelle, on peut trouver des poches (groupes d’individus, organisations, personnes isolées) à des niveaux différents, s’expliquant par le fait que leurs conditions de vie locales les ont préservées d’une crise qui les auraient obligées à passer à un niveau supérieur.
Pour rester dans le contexte d’une société industrielle moderne, on peut considérer la présence de personnes à tous les niveaux de conscience spiralienne, chacun avec une considération particulière sur l’environnement et les prises de conscience relatives à l’écologie :
- Violet : fonctionnement fusionnel (ordre tribal, de la famille) qui n’a probablement qu’un intérêt limité pour son environnement. Toutefois, dans les quelques peuples encore isolés, on trouve encore une proximité assez importante avec la nature souvent relativement symbiotique.
- Rouge : fonctionnement en puissance, tourné vers le résultat au détriment de toute considération écologique.
- Bleu : fonctionnement normatif typique des religions et des dictatures où le but est orienté vers le maintien du pouvoir absolu, et donc sans considération pour l’environnement, qui se doit d’être assujetti à cette finalité.
- Orange : fonctionnement rationnel à finalité individuelle, l’écologie est absente des considérations ou prise en compte à la seule condition qu’elle puisse servir les intérêts propres C’est l’objet des politiques vertes des entreprises, vues comme un moyen de s’attirer les faveurs des pouvoirs en place ou de nouveaux clients potentiels. Si l’on fait toutefois le bilan des impacts écologiques liés à la croissance financière des entreprises par rapport à leurs engagements écologiques, on peut constater qu’ils sont négatifs.
- Vert : fonctionnement pluraliste empathique où l’on estime que chacun se doit d’être l’égal de l’autre. À ce titre, l’écologie peut être un centre d’intérêt dans la mesure où la croissance des uns faisant la pollution et le malheur des autres, elle devient une préoccupation importante. La pensée correspondante est toutefois toujours centrée sur la collectivité et non sur l’environnement plus global, pour lui-même.
Ce niveau de spirale termine le premier cycle, fondé principalement sur un mode de réflexion analytique. Commence ensuite et tout récemment dans l’histoire de l’humanité, le 2e cycle de la spirale, caractérisé par une vision systémique des choses.
- Jaune : à ce premier niveau, centré sur les personnes, on a connaissance de la systémicité (interconnexion) de ce qui nous entoure, que l’on cherchera à exploiter plutôt à son propre profit (en se préservant toutefois des interactions négatives qui pourraient nous impacter en retour)
- Turquoise : ce niveau n’est pour l’instant qu’imaginé car quasiment absent dans les profils psychologiques et encore moins au niveau sociologique. Il pourrait correspondre non seulement à la prise de conscience de l’interconnexion de toutes choses, mais également de la nécessité d’œuvrer au bénéfice de ces interconnexions avant de les exploiter à son profil personnel (on serait dans le sacrifice de soi au service du collectif).
Leçons issues de l’histoire et de sa lecture suivant la Spirale Dynamique
Les deux sections précédentes nous montrent que de tout temps, la considération environnementale a été relativement faible dans les sociétés humaines, soit par manque de connaissance, soit par intérêt personnel et culturel orienté dans une autre direction (voire dans l’exploitation explicites des ressources naturelles au profit de l’homme). Les quelques cas de considération pour l’environnement ont pu l’être parce que les individus en étaient très directement dépendant et que leur survie était directement liée à la bonne santé de ce dernier.
Au paléolithique, l’humanité étant nomade, un environnement local épuisé (ou impacté par les saisons) imposait un déplacement vers de nouvelles terres nourricières, ce qui pouvait laisser à l’ancien emplacement le temps de se régénérer.
À partir du mésolithique, le développement de l’agriculture a commencé à s’effectuer en concurrence avec la nature, qu’il s’agisse d’occupation des sols ou de pratiques agricoles (le labour est une cause de l’érosion de la couche fertile supérieure des sols).
Plus tard, avec le développement des échanges commerciaux et le progrès technologique, l’exploitation des ressources s’est accéléré au seul profit de l’humanité pour fournir des armes à Rouge, adoubé par Bleu dans la Bible par exemple dans la [Génèse 1.26](https://saintebible.com/genesis/1-26.htm): ”Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.”, fournir des ressources à Orange pour vendre pour s’enrichir.
Seul le niveau vert comment à avoir une véritable conscience écologique. Malheureusement, le monde est encore actuellement dominé par des sociétés rouges combatives (20% de la population pour 5% du pouvoir), bleues centrées sur des dogmes (40% de la population et 30 % du pouvoir) ou oranges (30% de la population et représentant 50% du pouvoir). Nous avons donc 90% de la population (représentant 85% du pouvoir) qui n’a absolument aucun intérêt pour l’écologie ou la protection (réelle, radicale) de l’environnement, voire le maintien à long terme de conditions de vie décentes pour l’humanité (sachant qu’actuellement on voit déjà une exploitation des ressources naturelles et des populations des pays pauvres par les pays riches).
Les sociétés centrées sur le niveau Violet ont bien des notions de respect de la nature, mais elles ne représentent que 10% de la population ainsi que 1% du pouvoir qui, par définition dans la spirale, ne semble pas les intéresser. La population au niveau Vert, elle, représente également 10% de la population mondiale, pour 15% du pouvoir. C’est nettement plus important et semble approcher du point critique de basculement si l’on s’en tient aux travaux de Geoffrey A. Moore (Wikipedia : The Chasm) sur la Diffusion des innovations) : il faut qu’au moins 16% de la population adopte une innovation (ici, l’écologie et la protection de la planète) pour que la première majorité (early majority) bascule.
Malheureusement, les considérations écologiques (ou pire, relatives à des transitions forcées) sont encore trop récentes dans la culture mondiale pour être similaires d’une culture à l’autre (et donc pouvoir espérer avancer en bonne coordination), et, surtout, insuffisante lorsque ces transitions sont étudiées sous un axe systémique.
Cela nous amène au dernier point : la part de la population ayant intégré une vision systémique des choses ne se porterait qu’à 1% à peine de la population, niveau trop faible pour espérer faire accepter des considérations systémiques ou de transitions imposées au reste du monde.
Par conséquent, l’émergence de groupes de personnes susceptibles d’engager une démarche systémique de préparation à des transitions suppose :
- que ces personnes soient sensibilisées à la cause environnementale (niveau Vert minimum, ce qui semble généralement être le cas)
- qu’elles soient éduquées à la complexité de la situation et donc son inéluctabilité, pour être amenées à un niveau de conscience au moins Jaune (pensée systémique) - le présent manuel organise des méthodes systémiques en ce sens, pour que le groupe n’ait pas nécessairement à faire tout l’apprentissage correspondant
- l’abnégation et l’engagement à sauver la planète et l’humanité semble enfin nécessiter un niveau de conscience au moins Turquoise, a minima pour quelques leaders capables de s’appuyer sur la compréhension et les motivations individuelles Jaunes du groupe pour construire une résilience locale (la résilience locale étant alors vue comme une condition nécessaire à la survie individualiste de Jaune, laquelle peut encore s’appuyer sur son engagement récent Vert l’incitant à la considération égalitaire de tous) - on ne peut qu’espérer que la pratique des propositions de ce manuel fera émerger quelques leaders Turquoise aptes à s’engager dans ce chemin difficile…
Par ailleurs, le manuel s'adressant à des communautés restreintes, a priori déjà intéressées voire engagées dans leur propre transition écologique, il semble raisonnable de supposer que les participants aux ateliers menés à l'aide de ce manuel seront au moins au niveau Vert. Cela signifie que le niveau Jaune leur est accessible en terme de compréhension, même s'ils ne le vivent pas spontanément et en permanence.
Quelles réactions peut-on espérer des différents niveaux ?
Il est possible que se glissent dans la communauté des personnes n'étant pas forcément au niveau Jaune, niveau qui nous semble être celui qui aura le plus de facilité à d'évoluer au sein des activités proposées par le Manuel. Nous proposons ci-dessus de réfléchir à la manière dont les personnes des niveaux précédents pourraient réagir aux apprentissages et aux conclusions qui sortiront des propositions collectives issues des différents ateliers.
Nous rappelons que les niveaux se répartissent en deux catégories, induisant deux grandes catégories de réponses, nuancées par les focalisations propres à chaque niveau :
- les niveaux centrés sur le soi (couleurs chaudes) : Beige, Rouge, Orange, Jaune
- et les niveaux ou le soi est sacrifié pour un idéal plus grand (couleurs froides) : Violet, Bleu, Vert, peut-être Turquoise
Etudions ces différents niveaux en redescendant la Spirale, sachant que face à une crise, chaque niveau peut redescendre les échelons : les réponses imaginées ci-dessous peuvent donc être pertinentes pour chacun... mais elles sont également compréhensibles par tous les échelons plus élevés !
|
Niveau |
Réactions possibles face au menaces et aux propositions de solutions que la communauté pourrait proposer |
|
Vert |
Focalisation sur les inégalités sociales, frein au changement par peur de laisser de côté des populations moins privilégiées |
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Orange |
Recherche de bénéfices personnels au détriment des personnes en dehors de la communauté, par le biais d'échanges de type économiques |
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Bleu |
Recherche du pouvoir pour imposer des solutions, au détriment de nuances locales et temporaires qui pourraient permettre à des communautés de disposer d'un peu plus de temps pour changer |
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Rouge |
Usage de la force pour préserver ses propres ressources ou préserver la communauté au détriment des autres communauté ou du monde extérieur |
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Violet |
Tendance au renfermement autarcique et à la réduction des interactions sociales avec les autres communauté ou le monde extérieur |
|
Beige |
Chute des comportements prosociaux pour se focaliser sur l'assouvissement de ses besoins primaires |
Les 6 conditions de changement
TODO
- Capacité à faire
- Avoir pleinement vécu le vmeme précédent
- Dissonance par rapport au futur
- Insight
- Identification des obstacles
- Accompagnement
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